Ça fait deux fois, en quelques mois qu’on me renvoie qu’il m’arrive d’être dure et que bon c’est pas bien (je vous la fais rapide). Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été confrontée à cette image de moi.

Ça éveille de la colère en moi, pour plusieurs raisons.

- D’abord, on ne me le dit jamais au moment où on le constate, c’est toujours après, voir longtemps après, dans un flou de “quand même parfois t’es dure”. Or si on ne situe pas le contexte, l’ai je été ? Avais je des raisons de l’être ? ça finit par me définir “je serais dure” et je ne m’y reconnais absolument pas. J’ai souvent envie de répondre : “ce n’est pas moi qui suis dure, c’est la vie qui l’est”.

- Ensuite, c’est bien un reproche que l’on fait à une femme… Ah bon sang, je ne suis pas toujours douce, je devrai ?

Être dure ? ça veut dire quoi. Parfois je le suis avec mon amoureux, qui ne m’en fais jamais le reproche d’ailleurs par ce qu’il sait ce qu’il y a de fatigues et de luttes derrières mes agacements, mes impatiences ou mes exigences. C’est toujours, au fond, la traduction d’une violence de la vie que je subie.

Parfois, de ce que j’en comprends, je ne mettrais pas les formes qui arrondiraient les angles. Ça, c’est bien flou. Quel contexte ? Aucune idée. Il y a une chose que je n’aime pas avec mes proches, c’est marcher sur des œufs, devoir toujours être vigilante à ne pas blesser, briser, casser, à ne pas être “la méchante qui fait peur”. Ça me gonfle ! Quand j’étais plus jeune, on me disait très souvent que j’étais dure et j’avais beau produire tous les efforts ce n’était jamais assez. Vers la trentaine j’ai décidé de laisser tomber. Si des gens se font mal à moi, qu’ils se protègent et me fuient, ils ont raison. Et à partir de là, j’ai trouvé dans mon entourage des personnes à qui je ne faisais ni peur, ni mal, c’était reposant et sécurisant pour moi.

Certaines personnes admirent mon “assertivité”, ma façon d’affirmer un “non” quand c’est non. Reproche ou admiration, ça ne me parle pas d’avantage. Moi en dedans, je n’y met pas d’intention particulière. On me pose une question dont la réponse est non, ben je dis non et donc ?

Je suis grande physiquement, je pèse mon poids, j’ai une voix grave. J’ai appris à poser mes limites clairement et même si elles ont l’air fermes, ça me coûte encore beaucoup d’énergie de le faire. J’ai une guerrière en moi qui veille à ma survie dans ce monde violent. Mais ceux qui me connaissent vraiment savent à quel point les rapports de force ne m’intéresse pas, l’amour emplit mon cœur bien plus que la violence que j’ai subi. Je me caractérise bien plus par mon écoute, mon non-jugement, mon amour du partage que par “ma dureté”. Je prends soin des gens que j’aime.

Ce retour, ce jugement sur “ma dureté”, me donne l’impression qu’on me demande de me réduire, de prendre moins de place, de m’éteindre un peu, ça me donne vraiment cette sensation qu’on voudrait réduire mon espace, m’empêcher de me déployer. C’est chiant d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Alors merde ! Il m’arrive d’être dure, je suis un être humain qui survit. Me faite pas chier avec ça.
Et je signe Luce la dent dure, ça fait nom de pirate, et ça me fait rire.