Voilà un billet qui tourne depuis longtemps dans ma tête. Mais quel bout de la ficelle tirer pour dérouler ce brouillard de maux avec lesquels je vis depuis 2022, depuis les diagnostiques des cancers du sein jusqu’à aujourd’hui.
Peut être en vrac, pensées disparates, le lien finira par émerger.
Pendant les traitements, je n’aimais pas qu’on me parle de courage ni de combat, c’est aujourd’hui que j’aurais besoin de ces mots là. Aujourd’hui que j’ai retrouvé un peu de pouvoir sur ma vie, que je ne suis plus juste clouée d’impuissance, j’aurai besoin de ces mots là. Car c’est à la fin des traitements que j’ai commencé à mener une bataille invisible. Bataille avec les effets psychique d’une telle épreuve. Les angoisses qu’elle a activées. L’hyper vigilance au moindre maux et la perte de repère, grave ? Anodin ? Qui entraine chaque fois des dialogues intérieurs, dois je appeler le médecin ?
Je l’ai fait beaucoup au début, mais je n’y ai pas trouvé de soulagement car voici ce qui se passe :
Tel symptôme ? Bon, on va faire une prise de sang, une échographie etc. Le temps d’obtenir les rdv ou les résultats, les symptômes ont disparu mais l’angoisse reste, on attend les résultats. Ou alors, pas d’examens supplémentaires mais des symptômes qui s’éternisent, y a rien a faire, juste attendre. L’attente est une machine à ruminations.
Bref, aujourd’hui quand des symptômes apparaissent, chaque jour qui passe en leurs présences, je refais le raisonnement : vais je voir un médecin ? Cela va t-il me rassurer ? Non, bon alors on attend. Au 3ème jour, au 4 ème jour, au 10ème jours ? Jusqu’à quand ? Heureusement jusqu’ici, ils sont toujours passés, se relayant, régulièrement. C’est épuisant, cette valse à mille coups, maux de dos, de ventre, de pied, de coude, de dents etc.
Mais je me gère, entre angoisse, diversion, raisonnement, respiration, je me gère. C’est du boulot, c’est fatiguant et ça demande du courage et de la force.
J’ai besoin d’être reconnue dans ces difficultés, dans ces efforts, aussi j’ai eu tendance, inconsciemment, à les dramatiser, histoire qu’ils deviennent visibles surtout aux yeux de ma psy. Certains ne disent pas tout à leur psy, moi j’en dis plus. Et puis, c’est vrai que j’en ai gros sur la patate alors je pleure beaucoup dans son cabinet. Il y a 3 semaines, elle a suggéré que je prenne des anti dépresseurs. Première réaction, refus, deuxième réaction, accepter de se poser la question. Encore du boulot. Je trouve la réponse inadaptée à mon besoin. Je ne me sens absolument pas dépressive. Fatiguée, avec un système nerveux à fleur de peau, mais bon, normale au vu de ce que je traverse, mais pas dépressive. Les anti dépresseurs me semblent autant disproportionnés que lorsqu’on m’a proposé la mammectomie, je n’ai absolument pas envie de vivre l’expérience du yoyo avec la chimie de mon cerveau aussi longtemps que je peux l’éviter. Comme je suis en quête de réapprendre à faire confiance à mon corps et à ce que je sens, arrêter de déléguer la responsabilité des décisions de santé systématiquement au médecin, en voilà une occasion qu’elle est bonne. Je dis non aux antidépresseurs. Je commence plutôt par du magnésium et des gélules d’oméga 3.
J’ai besoin d’être reconnue dans cette bataille invisible mais j’ai aussi besoin de ne pas être identifiée à elle. Je ne veux pas devenir elle et n’être plus que ça. Ça met un peu de complexité pour répondre simultanément à ces deux besoins.
Et puis ce matin, je me suis pris un sceau de merde des angoisses de quelqu’un d’autre dans la gueule. Je ne vais pas vous raconter parce que j’ai pas envie de lui faire de la place ici. Mais ça m’a laissée d’abord figée, sans voix, puis en colère : Putain ! J’ai assez à faire avec les miennes ! Le problème des angoisses des autres c’est quand elles viennent réveiller les nôtres. Je bosse dur et voilà que la conasse fais voler mon boulot en éclat ! Merde, chier, ma claque ! Elle se lit ma colère non ? Ce soir ça va mieux. J’ai géré. Mon amoureux m’a bien soutenu de sa douce présence, les balade en bords de mer, le doux soleil, un petit coup fil à ma frangine préférée et ça va mieux.
Je suis en bonne santé. Je suis en bonne santé, je suis en bonne santé. Jusqu’ici tout va bien.
PS : je viens de lire cela à mon amoureux et je pleure en disant la dernière phrase à voix haute.
